home back
Text from Jihlava Film Festival 2013

Lecedra is a small village in Bulgaria. It is also the director’s home, to which he returns after a long absence, camera in hand. A documentary about the impossibility of being an impartial observer in a place to which one is bound by emotions. Into the sometimes highly descriptive observations, there suddenly intrudes the director’s emotionally animated commentary.

A small, snow-shrouded village in a post-communist country. The Eisenstein-like conflict between the old and the new (relics of totalitarianism contrast with the achievements of capitalism) takes on sleepy contours in the wintry timelessness, far from the budding spring.


Texte par Charlotte Poisson

Lecedra. C’est le nom d’un petit village au milieu de la Bulgarie. En zoomant sur Google Maps elle n’apparaît pas tout de suite : c’est un point A entre plusieurs villes, perdu dans le vert de la forêt des montagnes des Balkans. Lecedra c’est aussi un court-métrage qui n’a pas à proprement parlé d’histoire. Il s’agit plutôt d’un parcours, un parcours à travers le village, à travers les personnages qui habitent ce village, à travers les champs, les moutons, les maisons, les commerces, le centre de cinéma abandonné. Les dialogues sont rares ou brefs, ils décrivent simplement ce que la caméra nous montre. En voix-off, une vieille dame, entame une fine description de sa maison, l’image suit lentement sa parole, pièce par pièce, comme pour mieux ancrer les lieux et objets filmés. Comme s’il fallait augmenter une réalité pour la faire exister à nouveau. Car en même temps que le regardeur découvre le village, Jivko (personnage-caméra) re-découvre le lieu de l’enfance, le lieu des origines. On le voit attabler avec les habitants du village, il vide son sac, en sort un sabre laser, l’offre à Philip. Le sabre laser : objet culte devient objet du déracinement. L’objet grésille, bourdonne quand on le tape sur la table. Ce bruit sourd et redondant devient étrange et étranger. Etranger comme roder dans une maison d’enfance. Etrange comme ces images de saucisses qui nous hantent et qui hachent le rythme lent des plans. Dès le début, mais de manière latente, les images font planer une inquiétante étrangeté. Das Unheimliche, notion de Jentsch augmentée par Freud, est la frayeur qui se rattache aux choses connues depuis longtemps et de tout temps familières. C’est quelque chose d’intérieur qui nous appartient mais qui n’est pas ou ne peut pas être encore reconnu en tant que tel. C’est encore par exemple l’image de son reflet dans la vitre que l’on ne reconnaît pas. C’est enfin le non-dénouement de ce lointain familier qui prend fin dans l’absurdité joyeuse d’une chorale de lancer de poules.

Charlotte Poisson est étudiante au DSRA (Diplôme Supérieur de Recherche en Art) de l’école supérieure de l’agglomération d’Annecy, ses recherches portent sur le paysage.


Synopsis (English)

An intimate portrait of the places and people of a village in the Bulgarian Balkans is progressively invaded by foreign elements. Like drawers in a cabinet, we open and close on different facets of the place. By way of roaming, the village takes shape. We weave in and out of people's lives and the places they inhabit. We participate in their daily activities in order to perceive their "mechanics of living". We share a meal, revive an old cinema house, intrude on the privacy of several animals. The spaces encountered become a visual playground where unexpected relationships are created and a new topology can be established.


Synopsis (Français)

Un portrait intime des lieux et des gens d’un village dans les Balkans bulgares sera progressivement envahi par différents éléments absurdes. À travers des errances variées le village prend forme. On rencontre différents habitants et assiste à leurs activités quotidiennes pour percevoir leurs ‘mécaniques de vivre’. On partage des repas, on réveille un ancien complexe de cinéma, on gêne la vie privée de plusieurs animaux. Les espaces traversés deviennent un terrain de jeu visuel où les relations inattendues sont créées pour établir une nouvelle topologie du lieu.


Synopsis (Deutsch)

Ein intimes Porträt der Orte und Menschen eines Dorfes im bulgarischen Balkan. Nach und nach dringen immer mehr absurde Elemente in diese Erzählung ein. Wie Schubladen, die sich öffnen und schließen, entdecken wir immer neue Facetten dieses Ortes. Langsam nimmt das Dorf eine Form an. Wir begleiten die Menschen in ihrem Arbeitstag und entdecken so die „Mechanismen ihres Alltages“. Wir teilen eine Mahlzeit mit ihnen, lassen ein altes Kino wieder aufleben, stören die Privatsphäre mehrerer Tiere. Die durchstreiften Räume werden zu einem visuellen Spielplatz, indem unerwartete Beziehungen und eine neue Topologie dieses Ortes entstehen können.